Redécouverte d’un chef d’œuvre

Un rare enconchado de Miguel González, conservé dans la même famille depuis plus d’un siècle, aux enchères à la Galerie Moderne ce 7 octobre 2026.

Une œuvre rare de Miguel González, l’un des grands maîtres mexicains de l’enconchado, sera prochainement présentée aux enchères par Galerie Moderne. Signé par l’artiste, ce Calvaire de 60 x 81 cm a été acquis par les grands-parents de son actuel propriétaire au début du XXe siècle et est depuis demeuré dans la famille. Le tableau a récemment été retrouvé de manière fortuite dans une chambre sous les combles par la Galerie Moderne.

Sa réapparition est d’autant plus remarquable que très peu d’œuvres de Miguel González circulent aujourd’hui sur le marché. Les exemples connus sont pour une large part conservés dans de grandes collections publiques, parmi lesquelles le Metropolitan Museum of Art de New York, le Los Angeles County Museum of Art, le Musée national des Beaux-Arts de Buenos Aires ou le Musée de l’Amérique à Madrid.

Une peinture mexicaine incrustée de nacre

L’œuvre appartient à une production très particulière développée au Mexique dans la seconde moitié du XVIIe siècle : l’enconchado, du mot espagnol concha, « coquillage ». La peinture est associée à des incrustations de nacre, dont les reflets animent certaines parties de la composition.

Cette technique est directement liée à la situation exceptionnelle de la Nouvelle-Espagne au carrefour des échanges entre Europe, Amérique et Asie. Les galions de Manille acheminaient alors vers le Mexique des objets asiatiques, tandis que les laques japonaises Namban suscitaient un vif intérêt parmi les élites coloniales. L’enconchado est né de cette rencontre entre modèles iconographiques européens et goût pour les surfaces précieuses venues d’Asie.

Les González comptent parmi les rares artistes à avoir fait de cette technique une spécialité. Miguel González, actif à Mexico autour de 1690-1705, travailla notamment aux côtés de Juan González. Tous deux utilisèrent fréquemment des gravures européennes comme point de départ, en les adaptant à un langage décoratif propre à la Nouvelle-Espagne.

Le cinquième épisode d’une série consacrée au Credo

Le panneau présenté aux enchères ne constitue probablement pas une œuvre isolée. Une inscription permet de le rattacher à une suite consacrée aux Allégories du Credo.

Le chiffre « 5 » apparaît ainsi auprès de la formule associée à saint Jean : « il souffrit sous Ponce Pilate, fut crucifié, mourut et fut enseveli ». Ce détail indique que le tableau devait prendre place dans un ensemble plus vaste associant les Apôtres aux différents articles du Credo.

La composition concentre plusieurs épisodes de la Passion. Au centre, le Christ et les deux larrons sont représentés sur leurs croix. Autour d’eux figurent notamment la Vierge, saint Jean et Marie Madeleine, mais aussi trois soldats jouant aux dés la tunique du Christ et un cavalier romain prêt à porter le coup de lance. Deux scènes complètent le récit : la Flagellation à gauche et la Mise au Tombeau à droite.

Des séries comparables sont aujourd’hui conservées dans les musées, notamment une suite de douze panneaux illustrant le Credo et les Apôtres au Musée national de la vice-royauté de Tepotzotlán.

La mise aux enchères de ce panneau réunit ainsi plusieurs éléments rarement associés sur le marché : une œuvre signée de Miguel González, une technique emblématique de l’art de la Nouvelle-Espagne, un sujet appartenant vraisemblablement à une série identifiée et une provenance familiale remontant au début du XXe siècle.

Miguel González
(Mexique, vers 1664/66 – après 1704)
Le Calvaire
Panneau à trois planches avec incrustations de nacre, dit « enconchado »
60 x 81 cm
Signé en bas vers la droite